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[IMPORTANT] Attention : nouvelle pathologie fongique mortelle chez les serpents

Afin que vous puissiez être attentifs lors de vos observations de serpents sauvages et captifs, nous vous relayons ce communiqué d’Ivan INEICH du Muséum national d’Histoire Naturelle, à propos de l’apparition d’une nouvelle pathologie fongique chez les serpents, originaire des USA.

ATTENTION, nouvelle pathologie fongique mortelle chez les serpents

Durant les deux dernières décades, les maladies fongiques se sont rapidement attaquées aux populations d’amphibiens (anoures et urodèles) et de chiroptères. Cette maladie fongique a entraîné l’apparition de « zombies sexuels » au sein des amphibiens chez qui une lignée du pathogène rend le chant des mâles contaminés plus attractif pour les femelles, ce qui permet ainsi au champignon mortel de se répandre plus rapidement dans la population. Les nouvelles victimes sont à présent les serpents et si rien n’est entrepris rapidement, l’issue peut être désastreuse.

La pathologie fongique des serpents (SFD : Snake Fungal Disease des anglo-saxons) est provoquée par l’agent pathogène Ophidiomyces ophiodiicola qui est un champignon Les symptômes se caractérisent par des lésions cutanées et d’épaisses cloques qui peuvent aller jusqu’à défigurer un serpent et l’empêcher de manger dans les cas les plus sévères. La mort est souvent la seule issue à cette pathologie. Son évolution varie selon l’espèce, mais le taux de mortalité est particulièrement élevé chez les crotales à sonnettes, parmi lesquels le Massasauga oriental (Sistrurus catenatus) qui habite aux États-Unis.

La SFD est une maladie émergente des serpents sauvages initialement connue de l’est et du centre-ouest des États-Unis, mais maintenant signalée du Canada et d’Europe. Une étude récente a montré qu’il était possible de reproduire expérimentalement les lésions cutanées observées dans la nature. Elle a confirmé que l’agent causal était O. ophiodiicola. Ce pathogène d’origine fongique est systématiquement associé aux pathologies cutanées souvent fatales et aux lésions de la face et des yeux observées chez les serpents malades. Les cas vérifiés sont à présent en très nette augmentation.

Environ une trentaine d’espèces de serpents sont connues pour être infestées par ce pathogène dans au moins 15 états Américains, mais de nombreuses autres espèces, parmi plus de 3600 connues, sont potentiellement vulnérables selon Jonathan Kolby, un biologiste de la conservation Américain. « Il semblerait que cette pathologie fongique émergente apparaisse chez les espèces animales l’une après l’autre, mais leur propagation semble énigmatique » dit Kolby. « Nous ne savons pas exactement d’où vient la maladie ou pourquoi elle apparaît si soudainement et avec une telle virulence. »

Les serpents exercent un rôle majeur dans le contrôle des populations de rongeurs et leur disparition ou raréfaction par cette maladie fongique émergente aux effets dévastateurs entraînerait inévitablement l’augmentation du nombre de rats et de souris. Comme les rongeurs sont les hôtes des tiques et autres parasites souvent vecteurs de maladies, la santé humaine pourrait s’en trouver fortement compromise, dit Kolby. « Ceci est particulièrement important maintenant que la maladie de Lyme, transmise par les tiques, est une préoccupation majeure de santé publique et que la bactérie responsable semble en pleine expansion » rajoute-t-il.

Le facteur à l’origine de l’apparition et de l’expansion de la pathologie fongique des serpents n’est pas connu. Les chercheurs s’orientent vers les changements environnementaux, dit Jeffrey Lorch, un microbiologiste de l’United States Geological Survey. « Il est possible que les printemps plus frais et humides soient responsables, forçant les serpents à passer plus de temps dans leurs cachettes sous terre et les rendant ainsi plus sensibles à cette mycose en les empêchant d’atteindre leur température corporelle optimale nécessaire pour la combattre, » dit-il. « La destruction des habitats des serpents peut également les empêcher de trouver les conditions idéales pour lutter efficacement contre l’infection, » rajoute-t-il. L’hypothèse suggérant un rôle des facteurs de stress environnementaux dans l’apparition de la maladie semble également raisonnable. Lorsque l’équilibre stress-hôte-parasite est rompu, la tolérance et la résistance aux parasites est réduite et l’hôte devient clairement moins résistant.

La communauté scientifique qui étudie la SFD est encore maigre et les données sur les populations de serpents sur le long terme sont rares, rajoute Lorch. Jennifer Moore et son équipe de chercheurs du Pierce Cedar Creek Institute à Hastings, Michigan, mettent en place un jeu de données sur le long terme pour mieux appréhender les effets de cette pathologie sur les populations de Massasauga oriental. L’Université de l’Illinois teste également un traitement pour combatte la SFD à l’aide de nébulisations, diffusant des médicaments aux serpents infectés.

Bien que la SFD apparaisse comme une pathologie surtout localisée aux États-Unis et au Canada, des cas similaires ont toutefois été relevés chez des serpents captifs en Angleterre, en Allemagne et en Australie, précise Kolby. « Je suis inquiet par la dissémination du pathogène et son introduction dans d’autres pays si les États-Unis sont véritablement la source géographique de la maladie » dit-il. « Je crois que les autres pays devraient s’inquiéter et surveiller attentivement leurs populations de serpents. » Le 19 juin une publication scientifique de la Société zoologique de Londres parue dans Scientific Reports annonce une menace sérieuse concernant la survie les vipères du Royaume-Uni dont la population est estimée à 100 000 individus. De la même manière les couleuvres à collier du pays, estimées à 300 000 individus, sont en sursis car des individus sauvages contaminés par la SFD ont été détectés. Un échantillon de serpents daté de 2010-2016 a montré que l’agent pathogène était déjà présent au Royaume-Uni (Natrix natrix) et en République Tchèque (Natrix tessellata). Bien que la maladie ne semble pas poser de risques pour l’Homme ou les animaux domestiques, des recherches complémentaires sont toutefois nécessaires. L’étude publiée dans Scientific Reports a également montré que la souche européenne du champignon est distincte de celles identifiée aux USA, ce qui semble valider l’hypothèse de l’existence ancienne de la souche en Europe et qu’elle n’a vraisemblablement pas été introduite récemment depuis USA. Bien entendu, au sein des vertébrés, les reptiles font figure de parent pauvre en ce qui concerne les connaissances acquises sur leurs pathologies, ce qui ne facilite pas les études de cette nouvelle pathologie. Les comparaisons de l’agent pathogène entre les différents continents permettront d’avoir une première idée sur son origine et les causes de son expansion. La communauté scientifique est en alerte maximale !

Merci à François Moutou (CNEVA/AFSSA/ANSES) pour les informations concernant cette pathologie émergente.

Une image des lésions cutanées observées chez les serpents peut être consultée : http://mongabay-images.s3.amazonaws.com/13/0906snake2.jpg.


Une vidéo illustre l’action du virus sur le Massasauga oritental : http://news.nationalgeographic.com/2017/06/snake-fungal-disease-treatment-conservation/

Je remercie François Moutou (CNEVA/AFSSA/ANSES) pour les informations concernant cette pathologie émergente.

Ivan INEICH, Muséum national d’Histoire naturelle, UMR 7205 ISyEB (CNRS, MNHN, UPMC, EPHE).
Source : alerte du 13 juin 2017 – ProMED (International Society for Infectious Diseases) et National Geographic.
http://www.nationalgeographic.com.au/animals/mysterious-disease-attacks-rattlesnakes.aspx

Pour en savoir plus : http://www.nature.com/articles/s41598-017-03352-1.
Voir aussi : http://www.promedmail.org/direct.php?id=20170621.5121903.

By |22 juin 2017|

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